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Bordeaux : 8 èmes Assises de l'Origine

Dans le sillage d'une Europe très impliquée,

la mondialisation des IG est en marche… à pas lents

 

 
Alors qu'en France 47 produits bénéficient d'une IGP, que l'Europe en référence environ 700, les 8 ème Assises de l'Origine se sont tenues à Bordeaux le 23 mai, dans le cadre du Salon de l'Agriculture Aquitaine, en présence notamment d'une importante présence internationale : une délégation marocaine et une délégation québécoise présente en Aquitaine à l'invitation de l'AREPO, pour rencontrer les acteurs des filières de production et de commercialisation. Les intervenants internationaux ont fait le point sur la réglementation de l'Union européenne et sa prochaine évolution, ainsi que sur les actions menées pour obtenir une extension internationale du principe de protection des IG… et contrôler son respect.

Révision de la réglementation européenne

Dans un contexte de mise en place d'un nouveau règlement R 510-2006 qui rende mieux justice aux AOP et IGP, simplifie les procédures d'obtention et les rendent plus  lisibles pour les consommateurs, Fabien Santini -Commission européenne DG  agriculture - Bureau politique de qualité- a également fait valoir qu'il s'agissait pour le système européen de se mettre en conformité totale avec la réglementation de l'OMC.

Alors qu'en parallèle la loi d'orientation agricole française vient d'être modifiée, donnant à l'INAO les pouvoirs complets en matière de Qualité et d'Origine, la nouvelle réglementation européenne préconise notamment un étiquetage qui apporte véritablement la preuve d'un lien entre un nom, un produit et son origine géographique. Pour un renforcement de la crédibilité du système, l'étiquetage devra obligatoirement porter soit la mention « Appellation d'Origine Protégée » ou « Indication Géographique Protégée », soit les logos communautaires… ce point précis doit entrer en vigueur au 1 er mai 2009.

Mieux défendre les  produits sous IG c'est aussi « rigidifier » l'utilisation de noms de produits sous IGP ou AOP, utilisés dans des préparations ( Tortellini au Jambon de Parme par exemple) …demander le renforcement de l'étiquetage de l'origine des matières premières ( Roquefort, Jambon de Parme , par exemple…)

Bref, tout est ouvert et l'on est à la recherche de formules qui satisfassent réellement producteurs, consommateurs, contribuables.

La révision du règlement communautaire « 13 ans après sa mise en place –quasiment sous la contrainte  » précisait Michel Prugue -Président de l'INAO- n'est pas sans susciter des craintes, telles celles exprimées par Claude Vermont-Desroches -Président du Gruyère de Comté pour le CNAOL-  «  cette ouverture nous fait craindre une perte de l'origine des IG. Envisager d'avoir le même logo entre les IGP et les STG (Spécialité Traditionnelle Garantie : garantissant savoir faire et recette, sans notion d'origine), peut conduire à une perte de crédibilité des IG… dont la nôtre, notamment si l'Emmental obtient une STG et peut mettre sur ses produits le même logo l'AOP Comté  ».

Egalement intervenant à ces Assises, Marc Roose -délégué de l'AFIG (Association Française des Indications Géographiques)- insistait sur la mise en place d'une autorité de contrôle, compétente dans les pays membres, pour valider la bonne mise en place des IG et faire respecter le droit  (notamment en matière de détournement de notoriété et de confusion entre les vrais produits de terroirs et les faux).

Alain Rousset -Président de la Région Aquitaine - Président de l'AREPO- et Guy Saint-Martin -délégué à l'AREPO- rappelaient les actions de lobbying menées par l' Association des Régions Européennes et des Produits d'Origine pour aider au maintien d'équilibres territoriaux, insistant sur l'urgence qu'il y a à affecter des moyens financiers supplémentaires pour promouvoir les IGP et les AOP. L'AREPO qui fédère 25 régions d'Europe ( quatre autres étant en demande d'adhésion) a trouvé un solide partenaire et appui notamment auprès de sa voisine la province de Catalogne représentée aux Assises par Esther Peña.

La mondialisation des IG en marche, à pas lents…

Lorsque que l'on sait qu'aux USA «  Champagne  » est un terme générique signifiant « vin mousseux », normal –pour un américain- de boire du « Champagne de Californie ». C'est dans ce même esprit de « plagiat » que l'on retrouve de la Lentille du Puy en Australie, du Roquefort en Chine, et que –victime de sa notoriété- le Pruneau d'Agen soit l'une des indications géographiques françaises la plus usurpée dans le monde !

La tâche est donc ardue pour l'INAO qui, dans le cadre de sa mission internationale, mène une coopération avec de nombreux pays. 500 dossiers ont été ouverts à propos de contre-façons précisait Véronique Fouks - responsable du Service Juridique et international de l'INAO Paris. Et même si l'OMC travaille essentiellement à débloquer les négociations liées au débat autour de l'accord ADPIC (accord de l'OMC sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce), la secrétaire générale d'OrIGIN* Ester Olivas, confirmait que l'on était encore loin de la mise au point d'un accord international qui s'impose aux pays ne faisant pas partie de l'Union Européenne, une démarche volontariste des états étant indispensable pour faire avancer ce dossier.

Des femmes de conviction

Relayant le discours de Ester Olivas et Véronique Fouks, trois femmes totalement motivées ont fait partager leurs expériences et expliqué combien le parcours vers la reconnaissance de la spécificité de leurs produits est pour elle long et semé d'embûches :

Professeur à l'Université de Rabat, Zoubida Charrouf a organisé les productrices d'huile d'Argan en coopératives et lutte depuis des années contre l'usurpation de nom rendue possible grâce à un vide juridique permettant à une marque d'avoir déposé le nom ARGAN, interdisant aux productrices marocaines d'utiliser ce nom.

Présidente de DYER WINE, Napa Valley – Californie- Dawnie Dyer se bat pour une harmonisation mondiale de la réglementation des IG, évitant notamment que Napa n'apparaisse plus dans le nom d'une marque qui demande un agrément européen. Aux USA, beaucoup de réglementations concernent les produits d'alimentation, mais les consommateurs ne se sentant pas tellement concernés, les évolutions sont infimes.

Productrice d'agneaux de Charlevoix, Lucie Cadieux est engagée depuis 10 ans dans la démarche de protection des 900 têtes de bétail produites chaque année par les 10 producteurs québécois dont elle fait partie et qui (cette région étant classée par l'UNESCO « réserve mondiale de la biosphère habitée ») tiennent à faire cohabiter élevage et préservation des paysages. Face à une loi canadienne sur les appellations réservées (AO, IGP…) concernant essentiellement les produits biologiques, le projet pilote « Agneau de Charlevoix » est actuellement regardé par l'ensemble du Canada comme exemplaire. Le cidre de glace et les oies de baie-du-Febvre envisagent à sa suite de se lancer dans le même combat.

Si la réflexion est en marche, elle est cependant très loin d'être aboutie et, dans sa conclusion des débats, Dominique Graciet, président de la Chambre Régionale d'Agriculture, rappelait combien ces actions doivent être relayées par chacun « il faut mener ce combat qui est juste, au plus près de chez nous, pour que ces énergies jointes fassent bouger l'OMC au bénéfice de tous. »

Un Master professionnel international pour la valorisation des territoires en Aquitaine et dans le monde

Egalement dans le cadre des Assises de l'Origine, Dominique Graciet, Jean-Claude Hinnewinkel et Pierre Beylot, procédaient à la signature d'une convention liant l'université de Bordeaux III Michel de Montaigne / UFR de Géographie et d'aménagement et la Chambre Régionale d'Agriculture d'Aquitaine. Ce Master professionnel «  Label de qualité et valorisation de territoire  » (formation initiale et formation continue) proposant une formation de gestionnaires et de porteurs de projets aptes à prendre en compte la production agricole dans son contexte environnemental, économique et social, est un enjeu considérable pour faire des territoires un lieu d'action concrète, d'innovation et de développement durable. Cette formation pluridisciplinaire, développée avec l'ENITA Bordeaux et avec Bordeaux Ecole de Management, est ouverte à des personnes venues de tous les horizons professionnels. Elle est structurée de façon à pouvoir s'étaler sur 2 ans.

Des Assises de la dégustation des produits aquitains sous IGP

Impossible de parler d'IGP sans en déguster… tous les participants aux Assises de l'Origine ont pu partager un repas sous IGP, né d'un partenariat avec les producteurs d'Asperge des Landes, du Foie Gras du Sud-Ouest, de la pintade fermière des Landes, du Jambon de Bayonne, du pruneau d'Agen et du Kiwi de l'Adour.

  • OrIGIN  : organisme international qui est constitué par un réseau de produits sous IG qui se réunissent pour échanger et se protéger (Tequila mexicain, café de colombien, Jambon de Parme, riz Basmati, les fromages français, le fromage de Parmesan, le Champagne, les AOC, notamment…) chacun cherche à défendre les caractéristiques identifiantes de son propre produit, sans esprit de concurrence.

Laurent Gomez – Chargé de mission qualité CRA Aquitaine :
Tél. 05 56 01 33 22 – 06 83 89 94 52

Chambre Régionale d'Agriculture Aquitaine - 6, Parvis des Chartrons - Cité Mondiale - 33075 BORDEAUX CEDEX  


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